La division du sujet

Lacan emploie ce terme progressivement dans son enseignement pour dire qu’un sujet n’est jamais plein, mais toujours fendu entre ce qu’il dit et ce qui parle en lui.

On imagine celui qui parle à son ami, lui disant qu’il est ravi de son succès, mais sentant poindre en lui une forme de déception, qui réapparaît plus tard, par exemple, au détour d’un rêve où il voit l’autre échouer.

Ce qui point de façon involontaire, dans le rêve ou dans le ton, relève du désir inconscient : en plus de la motion consciente et rationnelle qui fait que le sujet, en situation, se dit « je dois féliciter cet ami et être aimable », une autre motion travaille le sujet de façon moins accessible, un autre mouvement dont découle une forme de jalousie.

Pourtant, la représentation que le sujet a de lui-même — son moi — donne l’impression d’une cohérence rationnelle (de la même façon que, lorsque je me regarde dans le miroir, j’ai une image complète, unifiée et consistante). Quand je considère ce qui vient de se passer, après avoir serré la main de cet ami en le félicitant, je pense à la cohérence de mon action, à sa rationalité, à sa normalité, à l’aspect libre et maîtrisé de cet acte. Je ne perçois pas, ou alors j’efface rapidement, la jalousie légère qui peut poindre au moment où je félicite.

C’est le rôle de la fiction qu’est le moi de venir masquer la faille structurelle du sujet, introduite par le langage et par le désir ; de faire oublier que tout acte, toute parole, n’est pas entièrement maîtrisé par le sujet, mais travaillé par l’inconscient.