Entre réalisation et élaboration du fantasme
Le travail analytique consiste en une "traversée du fantasme". Au fil de la cure, l’analysant laisse apparaître les motions contradictoires qui le traversent, à la faveur des scansions de l’analyste : tantôt quête d’un rapport au monde marqué par la complétude, sans séparation ni manque ; tantôt adhésion à une position plus symbolique, celle qui tranche et sépare.
Mais quand la vérité cachée du sujet émerge, de façon inattendue, l'analysant peut souhaiter s'engager dans une des voies. On dit alors qu'il réalise son fantasme. Mais construire son fantasme n’est pas le réaliser. Le travail analytique consiste en une élaboration du fantasme c'est-à-dire une formulation sous forme propositionnelle.
À l’inverse, sa réalisation, si satisfaisante soit-elle, tend à éloigner le sujet du processus analytique. Elle se fait dans la méconnaissance (toujours relative) du fantasme lui-même. L’activité, la vie de groupe ou le travail permettent une réalisation partielle du fantasme, car la société offre toujours de quoi faire (quoique ...). Cette réalisation autorise une identification du "moi", une stabilisation moïque renouvelée et plus valable temporairement. Le sujet semble alors avoir trouvé une consistance, une assiette, à travers ce moi soutenu par la réalisation du fantasme.
Parfois, l'analyse s'arrête à ce moment où le sujet semble avoir trouvé une nouvelle voie.
Mais la nouvelle assise du sujet reste bancale, car fondée sur une vaine tentative d’unification de motions contradictoires, pas clairement formulées. De plus, quand je m'exerce à réaliser mon fantasme, l’écart homéostatique entre le désir et la réalité vient momentanément à s’effacer : le désir se vide, et le repère moïque s’effondre. Il en résulte un sentiment de dépersonnalisation, de vide, parfois de déprime, voire une impression d’irréalité, où le sujet ne se reconnaît plus comme acteur de ce qu’il fait.
L'analyste, sauf à devenir directeur de conscience, ne peut s'opposer à ces réalisations. Paradoxalement, la réalisation du fantasme peut, à certains moments, permettre de relancer le travail analytique.