De la référence à la nature dans la partie « Du regard comme objet a » du Séminaire XI de Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. 

La partie « Du regard comme objet a » du Séminaire XI de Jacques Lacan (1), que nous nous proposons d’étudier ici présente de nombreuses références à la nature et au monde animal. 

Dans ces leçons datant du 19 février au 11 mars 1964, l’approche de la question du regard est très diversifiée : outre une approche par la nature, elle est aussi abordée par l’optique, l’art ou encore la phénoménologie. Cette diversité est caractéristique de l’enseignement de Lacan. La question naturelle et animale revient de façon régulière et insistante dans la partie : Lacan aborde le mimétisme des insectes dans la leçon du 19 février (2), il pose à nouveau la question de l’adaptation dans le mimétisme et celle de l’organe dans la leçon du 4 mars (3). Puis dans la leçon du 11 mars, il précise l’écart existant entre l’animal et l’Homme (4) et évoque l’instinct des oiseaux dans l’apologue de Zeuxis et Parrhasios (5). 


Ces références au monde animal peuvent interpeller dès lors que l’animal est a priori être d’instinct, sujet ni du désir ni de l’inconscient. Est-ce donc a contrario que la question animale est posée, pour saisir ce qu’est l’Homme, inverse de l’animal ? Et si l’on répond que l’être humain fait partie du monde animal, qu’il peut être étudié par l’éthologie humaine, la question demeure paradoxale pour la psychanalyse, pour laquelle les comportements instinctuels ne sont pas l’objet. 

Au début de la leçon du 19 février 1964, Lacan indique rapidement que « le maintien de cet aspect du freudisme que nous appelons naturalisme semble indispensable » (6), évoquant clairement une logique naturaliste. Dans ces quelques leçons, Lacan cherche à voir la façon dont l’œil et le regard s’inscrivent dans la nature, pour y trouver continuités et ruptures chez le sujet humain. L’élaboration de l’objet « regard comme objet a » prend ainsi les atours d’un travail naturaliste. Les réflexions sur la présence de l’œil dans la nature permettent à Lacan de préciser la notion de « leurre », présente chez l’animal comme chez l’homme, qu’il différencie de celle de « trompe-l’œil », proprement humaine. 

>>> Pour comprendre pourquoi Lacan passe par la nature pour saisir l’objet regard, nous verrons dans une première partie les réflexions élaborées par Lacan sur la question de l’organe et de l’adaptation.

>>> Puis nous verrons la façon dont le mimétisme est présenté comme le signe qu’une fonction de « donné-à-voir » se présente dans l’être.

>>> Enfin, nous verrons la façon dont un écart est souligné entre le « leurre » et le « trompe-l’œil » dans la leçon du 11 mars 1964 et les liens que l’on peut établir avec les considérations sur l’animal de Lacan.
   
(1) Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Séminaire XI, 1964, pp. 65-109.
(2) Ibid., « L’œil et le regard », pp. 70-71.
(3) Ibid., « La ligne et la lumière », pp. 91-95.
(4) Ibid., « Qu’est-ce qu’un tableau ? », p. 98.
(5) Ibid., p. 102.
(6) Ibid., p. 69.